Comme pour beaucoup de pêcheurs passionnés, la première sortie de l’année donne un avant gout de la saison de pêche en mer.
Encore une fois, mieux vaut s’attacher les compétences des meilleurs, et c’est dans cet esprit que 4 copains ont embarqués sur le « Bar-au-mètre » de notre guide de pêche Yannick.
L’objectif était encore une fois la prise de gros spécimens au grand large.
Il fallait être courageux en ce frisquet matin du 4 janvier, et c’est après avoir brisé la glace à la surface de l’eau du port des Minimes, que le Cap fut pris vers les épaves du large.
Pour cette pêche aux leurres souples le matériel utilisé consiste en cannes monobrins ou 2 brins en carbone, longueur maximum de 2m40 et puissance de 20 à 80g. Ce sont des cannes légères, adaptées à l’utilisation de leurres souples de 13 à 15cm associés à des têtes plombées de 80 à 100g. En l’occurrence les cannes utilisées par Yannick sur son bateau sont de la marque Hearty Rise, cannes mises au point par Didier Courtois, pêcheur local reconnu.
Les leurres armés sont de la marque Delalande, offrant une diversité de couleur et de forme suffisante.
Les moulinets sont de la marque Ryobi ou Grauvell, légers et fiables, équipés d’une tresse Grauvell en 18/100 maximum.
Le bateau de Yannick, confortable et rapide, nous mène sur la première épave, une heure après le départ.
Malgré un lever de jour à faire pâlir un Tahitien, mais avec 35°C de moins, il n’y a personne sur l’eau bien évidemment,
La première dérive pour sentir le sens du courant, Yannick nous replace, et ce sont les bars qui prennent les premiers, des « petits » spécimens avoisinant les 2 kilos sont immédiatement remis à l’eau, nous attendons les gros !
Il y a toujours des pêcheurs meilleurs que d’autres, alors ça chambre grave à chaque poisson, d’autant qu’Aurélien et Sylvain enchainent les prises sous notre regard désabusé, réalisant au passage un doublé bar-lieu pour bien nous mettre la pression.
Heureusement que Yannick prodigue tous les bons conseils, allant même jusqu’à guider la main du pêcheur dans le travail de la canne et du leurre.
Ainsi, Dominique attrape enfin un joli spécimen de 4kg, battant ainsi son record.
Toujours bredouille, je me réfugie dans la tournée d’apéro, sans glaçons au vu des conditions, et c’est quasiment la bouteille à la main que j’enregistre enfin ma première véritable attaque.
C’est un joli lieu que j’ai trompé en remontant vivement mon leurre avec des arrêts tous les 5 tours de manivelle. Cette technique est redoutable pour les lieux, ils suivent le leurre dans sa remontée et décident de le saisir sur un arrêt. De ce fait la touche est souvent violente, suivie d’un rush impressionnant, le poisson retournant en force dans son abri (l’épave).
On enregistre quelquefois de monumentales casses, car face à des adversaires dépassant les 8-9kg, il est quasi impossible de bloquer ce rush sans risquer l’explosion de la canne !
Il n’y a plus de bredouilles à bord, Yannick est soulagé, et sur les dérives qui suivent s’enchainent d’autres lieux, dont un de 6kg300, le plus gros de la journée, que je capture avec la même technique. C’est mon tour de chambrer, d’autant que l’occasion va m’être donnée de « l’ouvrir » encore plus.
En effet, au moment de l’étale, les touches se raréfient, sauf pour le congre qui profite de la rupture du courant pour chasser autour de l’épave. Fort de cette expérience je travaille le leurre différemment. Dès les débris de l’épave dépassés, je laisse bien couler le leurre souple au fond et « gratte » le sable par des tirés-relâchés fréquents et de faible amplitude (30 à 50cm maximum). La chance est avec moi, et le contact lourd ne tarde pas, j’annonce un « more than ten kilos » dès la touche, mais durant les 10 minutes de combat suivantes, mon opinion changera vite, c’est un énorme congre qui perce la surface, et c’est avec précaution que je le tracte vers le bateau.
C’est le moment le plus délicat pour les cannes que nous utilisons, car le congre est un poisson qui ne nage pas en surface, il recule violemment, vrille et se débat dans l’axe. Beaucoup de pêcheurs ne maitrisent pas ce poisson et casse les cannes à leurre qui n’ont pas la densité de carbone suffisante pour résister.
Il faut donc anticiper ces « reculades », et accompagner ces marches arrières en baissant la canne à l’horizontal, le frein du moulinet jouant alors son rôle à la perfection.
Arrivé au ras du bateau, Yannick se saisi de l’animal grâce à sa pince-peson, et monte le poisson à bord. Comme moi, le congre est épuisé, et saisi par le froid il reste bien tranquille ce qui nous permet de le manipuler sans risque. Il nous est impossible de le peser complètement, à bout de bras il dépasse les 20 kilos, et sa queue traine encore au sol !
Remis à l’eau après la séance photo, il repart vers les profondeurs sans se faire prier.
Quel combat !, me voilà détenteur d’un nouveau record personnel sur un leurre souple, et je souhaite à chaque pêcheur de telles sensations !
Le congre est véritablement le plus beau combattant des Pertuis, et quelle chance nous avons d’en avoir autant !
La fin de journée s’avance tranquillement sous un doux soleil hivernal, nous retournons sur le poste à bar de la première heure, et c’est de nouveau un festival de bars pris par Aurélien, 3 en 3 dérives alors que le reste de l’équipage n’attrape que des tacots ou s’accroche au fond.
Pas de bar à mon tableau de chasse depuis le début de la journée et c’est bien entendu sous une nuée de sarcasmes que je pense terminer cette sortie quand intervient sur la dernière dérive LA touche que j’espérais. Un court combat s’en suit et le poisson apparaît, une jolie pièce de 5kg800. Ce bar est mon record au leurre souple, donc on plie les cannes, je sers les mains avec un « sorry » de circonstances et lance à qui veut l’entendre le fameux « c’est à la fin de la foire que l’on compte les bouzes ! ».
Quelle journée, nous sommes heureux comme des pêcheurs débutants, 3 pêcheurs sur 4 ont battu un record personnel, et le retour se passe tranquille, dans la bonne humeur, pour finir au port des Minimes par une petite gâterie à base de rhum et de noix de coco servi dans la convivialité du bar « Au bout du Monde ».
Finalement, il a fait chaud toute la journée, comme quoi les pêches d’hiver sont des pêches d’enfer